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LAST NIGHT IN SODOM | Nuke

LAST NIGHT IN SODOM

TONY REGAZZONI

du 15 mars au 18 avril 2009

“Sade imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. (…)"

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Le travail de Tony Regazzoni trouve écho dans la production artistique d’un autre acteur de la scène contemporaine, Jean-Luc Verna. Le nouvel accrochage de Tony Regazzoni à la Galerie Nuke propose de connecter les deux artistes et place leurs oeuvres dans un face-à-face provocateur. Les pièces présentées donnent le reflet d’une sexualité empreinte d’interdits et de non-dits autour desquels ils esquissent une mythologie propre et contemporaine.

“Sade imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. (…) Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre – un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins.” Christopher Lasch, La culture du Narcissisme, Flammarion

La première exposition parisienne de Tony Regazzoni à la Galerie Nuke sonne comme un lendemain qui déchante : mais qu’ai-je fait la nuit dernière à Sodome ? Des bribes de réponse se reconstituent autour de l’histoire biblique des villes maudites, que l’on s’empresse d’associer à la sexualité déviante et à la sodomie latente. Sodome et Gomorrhe sont bien les théâtres de la punition divine et à ce titre, l’oeuvre de Regazzoni devient objet de la perversion païenne.

Le langage du minimalisme sert d’entrée directe à l’appréhension de ces objets aux fonctions multiples. Avec Black Carpet, le papier similaire à une texture de cuir est pliée, rassemblée sur elle-même, pour former une excroissance proche de la forme d’une montagne et d’un simple veston. Le même trouble opère avec la série d’objets en terre cuite émaillée noirs aux formes contondantes (Simulacrum). Là, c’est la mise en display qui donne ses lettres de noblesse à l’objet phallique. En forme d’as de pique ou de champignon, les circonvolutions du fétiche induisent l’usage sexuel anal, immédiatement frustré par la mise à distance. La perversion se noue au moment où le masochiste que la société narcissique a créé, doit se soumettre aux règles abstraites de l’art.

La projection nourrit ainsi le fantasme. Le mythe de la Toison d’Or se réduit en portion congrue, simulant l’offrande aux dieux de l’argent, dans le tissu élastique écartelé par des chaines. Pour ses nouvelles séries de peintures, renvoyant tant aux painting de John Armleder qu’à la surface translucide du color field de Morris Louis, la forme géométrique ronde se renouvelle. Le logotype abstrait a plus affaire à une histoire de l’oeil très Georges Bataille, qu’à l’histoire de l’art radical de la peinture abstraite. On apprendra en effet que Silver Shower provient d’un mélange d’acrylique, gouache et huile, déversé après Pollock comme on gicle sur un soumis lors d’une tournante sexuelle! Ce qui se joue pour Tony Regazzoni dans ces figures sexuelles abstraites est lié au contrôle dans une société violente, qui se divertit du pouvoir sur les corps. Après le chaos vient le moment mythique du retour sur soi, à la manière d’un voyage au pays de Sodome dont on ne reviendrait pas intact.

Damien Delille